12 000$. C’est notre retour d’impôt cette année.

Un samedi après-midi productif avec du vin

Je dois l’avouer, j’aime faire mes impôts. J’adore en fait. Année. Après. Année.

Si se faire prélever 40% de sa paie en impôts et cotisations de toutes sortes à chaque deux semaines est une fatalité, le rapport d’impôt est le seul moment où l’on peut aller en récupérer une partie. Parfois une très grande partie. Un rapport d’impôt ce n’est pas un formulaire à remplir de façon linéaire, c’est dynamique, rempli de vases communiquant, c’est flexible, ça parle. J’oserais dire que c’est vivant. Il faut savoir le faire parler, sinon apprendre. On ne peut pas travailler toute une année et penser que c’est perdre de son temps prendre un après-midi pour récupérer le maximum de chaque dollar durement gagné.

Pendant qu’un préparateur d’impôt passe environ 30 minutes sur votre rapport d’impôt, moi j’en passe plus de 4 heures en présence du mien. Contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas compliqué un rapport d’impôt. Si vous avez gradué de votre secondaire 1 et savez lire, tout est à votre portée. Pas d’équation quadratique, de sin-cos-tan ou de Pythagore. Aucun nombre imaginaire.

+, -, x, ÷

Comme à la petite école.

L’objectif ce n’est pas d’obtenir le retour d’impôt le plus gros possible pour cette année. C’est de retirer le maximum de chaque dollar en absolu dans sa vie. Si une déduction me donnait un meilleur retour l’an prochain, alors j’attends. La patience est une vertu payante.

Ne faites pas simplement vos impôts. Maximisez votre fiscalité.

Donc samedi dernier je me suis assis avec mon préparateur d’impôt préféré, mon père, et deux bouteilles de vin pour faire parler tous les formulaires possibles. Un peu plus de ceci, un peu moins de cela. Et je dois avouer que cette année on l’a fait parler plus que jamais!

Alors, un revenu familial brut de 83 000$, une conjointe aux études, 3 enfants, dont 2 à la garderie, une nouvelle maison et des frais médicaux, le tout jonglé ensemble dans 9 scénarios fiscaux différents pour en sélectionner le meilleur, ça donne quoi?

12 000$ en retour d’impôt.

35 000$ en incluant les prestations sociales maximisées qui viendront s’ajouter en cours d’année.

Yep

Mais notez bien. Aucun abri fiscal. Tout doit être déclaré. C’est important d’être honnête et de respecter la Loi sur l’impôt. Une déclaration d’impôt cachère.

Décomposons le tout pour comprendre le plan de match (j’arrondis au 100$ près).

Objectif #1 : Réduire son revenu imposable

Connaître ses différents revenus

Ma conjointe qui est aux études bénéficie d’une bourse d’études comme revenu et celle-ci est non imposable au fédéral et au provincial. Si Québec considère ce revenu pour plusieurs autres calculs de cotisations (e.g. frais de garderie), le fédéral ne reconnaît pas ce revenu. Il n’y a aucune place dans le rapport d’impôt où l’inscrire. Donc, toutes les déductions du ménage sont transférées sur mon rapport. Toutes.

Cotisations REER/RPA (Régime de Pension Agréé)

Classique. Le REER est tellement commun dans l’esprit collectif, que je ne pouvais pas commencer sans en parler. Pourtant, je ne commence jamais par déduire mes cotisations REER. Jamais. Tant qu’on n’a pas fait tout le reste de notre déclaration d’impôt, on ne connaît pas son taux marginal d’imposition (TMI). Si celui-ci est bas, ça ne vaut pas le coup d’utiliser ses déductions pour diminuer son imposition. Gardez-les pour l’an prochain, votre déduction pourrait être plus intéressante. Personnellement, lorsque mon TMI passe sous les 55% (en incluant les prestations sociales, e.g. Allocation Canadienne pour Enfants), je ne déduis plus mes REER, car lorsque je vais les retirer, l’impôt que je devrai payer et les prestations sociales que je perdrai (e.g. Sécurité de la vieillesse) viendront effacer tous gains possibles. Contrairement à la croyance populaire, cotiser à son REER n’apporte souvent aucun gain au net dans notre vie. Ne vous laissez pas leurrer par le gain à court terme qui s’annulera plus tard dans votre vie. Allez chercher des gains réels. Maximisez le long terme.

Mais bon, moi je suis obligé de cotiser à un fond de pension/RPA, et on ne peut pas reporter cette déduction à une année ultérieure… 🙁

  • Déductions : 5 200$
  • Revenu imposable : 61 000$ – 5 200$ = 55 800$
  • Retour d’impôt Fed+Qc : 2 100$

Frais de garderie privée et subventionnée

Le plaisir de chaque parent. Si vous avez lu mon billet sur les façons d’économiser sur vos frais de garde, vous reconnaîtrez la musique.

Les frais de garderie et l’impôt de Québec

On a payé notre 7,55$/jour toute l’année (1 800$) comme tout le monde pour l’un de nos enfants en garderie. Ensuite, on devrait payer la contribution additionnelle de 0,70$/jour (167$ total), car notre revenu familial net est supérieur à 50 545$. Un 280$ devrait même s’additionner à cause de la portion de notre revenu qui dépasse 75 820$.

Mais on s’en sauve! Puisque la contribution additionnelle se base sur le revenu de l’année dernière, en avril 2015 j’ai prévu le coup et amené notre revenu sous le seuil critique de 50 545$. Quand je disais qu’il est important de penser à sa fiscalité sur plus d’une année!

Pour notre fille qui est en garderie privée, nous avons payé notre 30$/jours (x260jours = 7800$) et avons déjà reçu notre subvention de 60% en cours d’année. 4 700$ au total, qui n’est même pas incluse dans notre retour d’impôt de 12 000$!

  • Déductions : 5 200$ (inchangée)
  • Revenu imposable : 55 800$ (inchangé)
  • Retour d’impôt Fed+Qc : 2 100$ (inchangé)
  • Cotisation à payer épargnée : 447$

Les frais de garderie et l’impôt fédéral

Les frais de garde au fédéral ne donnent pas lieu à une subvention, mais sont plutôt un outil permettant de diminuer son revenu imposable. Donc plus on paie de l’impôt, plus le remboursement qu’on en obtient est généreux. Mais le fédéral n’est pas fou, c’est le conjoint au plus faible revenu qui peut utiliser cette déduction, ce devrait donc être ma conjointe qui l’utilise pour réduire son revenu. Sauf qu’elle est aux études, et c’est une des conditions qui lui permet de me les transférer pour que je réduise mon revenu, même si c’est lui le plus élevé!

Donc nos 7 800$ de frais de garderie privée et les 1 800$ de garderie subventionnée permettent de diminuer mon revenu imposable au fédéral de 9 600$.

  • Déduction : 5 200$ + 9 600$ = 14 800$
  • Revenu imposable Fed: 55 800$ – 9 600$ = 46 200$
  • Revenu imposable Qc : 55 800$ (inchangé)
  • Retour d’impôt Fed+Qc : 2 100$ + 2 000$ = 4 100$
  • Cotisation à payer épargnée : 447$ (inchangée)

Frais de déménagement

Celui-ci c’est ma découverte de l’année. Quand on vend sa maison et qu’on en achète une autre, on a un paquet de frais inimaginables qui s’additionnent. Frais de courtage immobilier, frais de notaire, camion ou compagnie de déménagement, droits de mutation (taxe de Bienvenue). Pour nous, le changement de maison nous a coûté près de 15 000$ en tout et partout. (plus le prix de la maison!)

Mais si en déménageant vous vous êtes rapproché d’au moins 40 km pour occuper un emploi, vous pouvez utiliser tous ces frais pour diminuer votre revenu imposable au fédéral et au provincial. Ma nouvelle maison est 42 km plus près. Finalement, le parachèvement de la 19 qui traîne en longueur, ce n’est pas si grave que ça!

  • Déduction : 14 800$ + 15 000$ = 29 800$
  • Revenu imposable Fed: 46 200$ – 15 000$ = 31 200$
  • Revenu imposable Qc : 55 800$ – 15 000$ = 40 800$
  • Retour d’impôt Fed+Qc : 4 100$ + 4 650$ = 8 750$
  • Cotisation à payer épargnée : 447$ (inchangée)

Objectif #2 : Maximiser ses prestations sociales

Beaucoup de gens n’y pensent pas, mais les prestations sociales sont une immense partie des bénéfices que l’on peut recevoir quand on optimise ses impôts. Particulièrement si vous avez des enfants. L’Allocation Canadienne pour Enfants, le Soutien Aux Enfants et le Crédit de Solidarité se basent tous sur le revenu net, que je viens tout juste de diminuer le plus possible. Ainsi, pendant que notre revenu brut familial réel est de 83 000$, le fédéral nous considère comme une famille à très faible revenu avec seulement 31 200$ au total. Le provincial lui nous considère comme une famille à faible revenu avec 40 800$.

Quand vous diminuez votre revenu imposable, ne pensez pas seulement à l’impôt que vous économisez. Demandez-vous si vous recevrez des prestations bonifiées. Les familles avec de jeunes enfants ont tout intérêt à ne pas manquer le bateau, car du moment qu’ils atteignent 6 ans les prestations fondent à vue d’oeil.

  • Déduction : 29 800$ (inchangé)
  • Revenu imposable Fed: 31 200$ (inchangé)
  • Revenu imposable Qc : 40 800$ (inchangé)
  • Retour d’impôt Fed+Qc : 8 750$ (inchangé)
  • Cotisation à payer épargnée : 447$ (inchangée)
  • Allocation Canadienne pour Enfants : 18 900$ (au lieu de 11 190$)
  • Soutien Aux Enfants : 4 300$ (au lieu de 3 500$)
  • Crédit de solidarité : Bonus inconnu (c’est pratiquement incalculable soi-même)

Objectif #3 : Utiliser au maximum ses crédits d’impôt non remboursables

La portion facile. L’optimisation de cette section, une fois en avril, est pratiquement impossible parce qu’ici ce sont majoritairement des crédits donnés selon des dépenses déjà effectuées en cours d’année. Mais ils sont non remboursables, ce qui veut dire que si on ne paie pas d’impôt on ne bénéficie pas de ces crédits. Il faut donc connaître sa fiscalité et tester/estimer son retour d’impôt en courant d’année pour être sûr de ne pas s’en faire passer une.

Tous additionnés ensemble, ils donnent droit à un crédit de 15%.

Frais de transport

Tous nos titres de frais de transport en commun.

  • Total : 1 330$

Frais médicaux

Mon employeur m’oblige à participer à un régime d’assurance privée dont je ne veux pas. Mais bon, tout au long de l’année on en tire le maximum possible afin que les remboursements reçus en viennent à égaler ce que je paie. Dentiste, massothérapeute, échographie privée et test d’ADN foetal pour notre troisième enfant, vaccins supplémentaires, optométriste, médicaments, etc. Si je paie 1$ en assurance privée inutile, je veux revoir mon dollar. Ensuite, toute la portion non remboursée par mon assureur ainsi que mes cotisations d’assurance obligatoire peuvent être déduites.

  • Total : 2 500$

Déduction de base et montant pour conjoint de fait

Chaque personne a droit à une déduction de base d’impôt de base si elle paie de l’impôt, et la portion inutilisée se transfère d’un conjoint à l’autre. Ma conjointe ne l’utilise que très peu parce qu’elle n’a pas de revenu imposable, alors en plus de tout me transférer les crédits précédents, elle me transfère celui-ci. Ça réduit mon impôt d’autant plus! 11 474$ + 9 000$ = 20 474$

Un grand total de crédits non remboursables de 24 300$ x 15% = 3 645$

  • Déduction : 29 800$ (inchangé)
  • Revenu imposable Fed: 31 200$ (inchangé)
  • Revenu imposable Qc : 40 800$ (inchangé)
  • Retour d’impôt Fed+Qc : 8 750$ + 3 600$ = 12 350$
  • Cotisation à payer épargnée : 447$ (inchangée)
  • Allocation Canadienne pour Enfants : 18 900$ (au lieu de 11 190$) (inchangée)
  • Soutien Aux Enfants : 4 300$ (au lieu de 3 500$) (inchangée)
  • Crédit de solidarité : Bonus inconnu

Objectif #4 : Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini!

Les cotisations REER (finalement)

Faire la boucle avec le début. C’est là que les choses deviennent intéressantes en termes d’optimisation! Maintenant que tous les crédits d’impôts et les déductions sont inclus dans le calcul, on peut voir le gain réel qu’une déduction REER entraîne. J’ai dit qu’un rapport d’impôt c’était vivant n’est-ce pas? Ainsi, chaque dollar déduit produit un effet différent et nécessite le recalcul complet des formulaires. À l’époque où l’on faisait ses impôts à la mitaine cette stratégie aurait été presque impossible. Mais aujourd’hui, c’est l’histoire de quelques secondes! Le logiciel fait le travail de bras pour vous.

Les scénarios à évaluer peuvent être multiples, suivez-moi bien pour savoir comment déterminer si une déduction REER en vaut la peine.

A. Additionnez tous vos retours d’impôts fédéral et provincial, votre Allocation Canadienne pour Enfants et votre prestation de Soutien Aux Enfants que vous recevrez tous les mois pour l’année à venir ainsi que votre crédit TPS. Utilisez les calculateurs en ligne si votre logiciel d’impôt ne vous donne pas l’information.

B. Ensuite, vous inscrivez une déduction REER que vous pourriez faire, e.g. 1 000$. Si votre logiciel vous le permet, vous pouvez entrer plusieurs scénarios simultanément. Moi je fais toujours 4 scénarios pour commencer, tel que 0$-1 000$- 5 000$- 10 000$. Par après, je précise l’itération entre les 2 meilleurs scénarios, e.g. 1 000$- 2 000$ – 3 000$ – 4 000$ – 5 000$.

C. Refaites la somme de vos retours, prestations, etc. qui considèrent alors votre déduction REER.

C – A. Faites la différence de vos retours d’impôt et de vos prestations sociales, avec et sans déduction REER.

(C – A)/B. Divisez par le montant de votre déduction. Le pourcentage que vous obtenez vous indique l’amplitude du retour sur votre cotisation. Grosso modo, lorsque ce pourcentage se situe sous les 45-55% vous n’obtenez aucun gain au net dans votre vie. Le montant d’impôt et de subventions que vous recevez aujourd’hui sera éventuellement repayé en impôt ou en perte de prestations quand vous décaisserez vos REER plus tard. Vous n’épargnez pas d’impôt, vous le reportez.

Par contre, du moment où votre retour passe au-dessus de la barre des 55-60%, vous commencez à obtenir des gains nets, pour lesquels vous devrez en repayer seulement une partie quand vous décaisserez vos REER. Vous ne faites plus que reporter de l’impôt, vous en économisez.

La différence est fondamentale, car un retour d’impôt aujourd’hui produit la plupart du temps une impression de richesse, alors que dans les faits si on considère ce qui en coûtera plus tard il n’en est rien.

Donc, pour moi cette année je ne vais pas déduire de cotisations REER. Mon taux marginal d’imposition réel en incluant les prestations, est aux alentours de 57%. C’est trop bas. Il est plus probable que l’année prochaine soit plus intéressante. Patience.

Les subventions REEE

Je vous ai déjà parlé du REEE qui est un véhicule formidable pour bénéficier de subventions à l’épargne pour le long terme. Quand le revenu familial devient de plus en plus faible, la subvention fédérale de base de 20% se bonifie graduellement, et celle de 10% du provincial augmente également. Vous pouvez également bénéficier du Bon d’Étude Canadien (BEC), 500$ la première année, 100$ les années suivantes.

Nous cotisons au REEE le maximum par enfant par année, soit 2 500$ x 3 enfants. Ce qui donne une subvention totale (30%) de 2 250$. Après avoir optimisé notre rapport d’impôt et diminué notre revenu net le plus possible, nous aurons droit au maximum des subventions REEE (45%) et des BEC pour chaque enfant, soit 1 825$ de plus!

Ce genre de retour d’impôt n’arrive clairement pas à chaque année. Mais si on ne se donne pas la peine de chercher voir s’il existe, on ne l’obtiendra jamais. S’il peut être difficile d’épargner pour certains, tout le monde est en mesure d’apprendre à tirer le maximum de son rapport d’impôt. C’est une des façons les plus simples et rapides de dégager des sommes d’argent qui vous aideront à reprendre le contrôle, ou du moins un souffle, sur vos finances personnelles.

Ne laissez pas passer cette opportunité annuelle.

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